Atelier 5 : Sciences de gestion

Les sciences de gestion ou de management sont en francophonie amenées à vaincre un certain nombre de défis. 

Le but de l’atelier est de permettre d’atténuer les conséquences nocives que ces défis risquent d’entraîner à la fois pour les étudiant(e)s, pour les enseignants et pour les établissements eux-mêmes. Cependant, ces défis sont aussi le fruit à la fois du fort développement des activités (nombre d’étudiants, de diplômes et d’établissements) et des attentes des étudiants en formation initiale et en formation continue, car elles offrent des espoirs de trouver une activité qui, au-delà de la possibilité de vivre grâce à un métier, permettra la réalisation d’une vocation ou d’une mission. De plus, l’observation de l’activité “sciences de gestion” au sein de la francophonie met en évidence des différences telles qu’il est illusoire de trouver des solutions uniques qui pourraient convenir pour tous. 

Ces différences tiennent en particulier à l’âge de cette discipline dans les différents pays ; très ancienne, même si elle ne portait pas forcément ce nom, dans les pays dits du Nord selon le vocabulaire de l’AUF, elle est très récente et parfois mal définie, recouvrant des contenus différents et imprécis dans certains pays du Sud où les sciences de gestion ne sont pas suffisamment reconnues ni institutionnalisées. 

Pour orienter les travaux de l’atelier, il semble possible de souligner brièvement quelques-uns de ces défis qu’il conviendra d’approfondir et de permettre ainsi de proposer quelques améliorations, certaines dans l’immédiat et d’autres à plus long terme. 

  • Parfois appelée “discipline carrefour”, la gestion doit sans cesse arbitrer entre une volonté d’autonomie, une hyper spécialisation en sous-disciplines et le besoin ressenti à la fois par les enseignants et les enseignés d’une “vision globale” et interdisciplinaire à la rencontre, par exemple, des sciences économiques, juridiques et des sciences de l’ingénieur pour en arriver, comme le souhaitait Descartes à une harmonie des “Arts et métiers” d’où le problème de la prolifération de formations en double compétence. 

Question : Faut-il faciliter et développer des formations en double compétence telles que la gestion pour économistes, juristes, sociologues ? Comment l’organiser ? 

Question : Faut-il en venir à une forme de propédeutique qui serait une période d’enseignements, visant à préparer l’élève pour de futurs enseignements, et visant à faciliter l’apprentissage ; le baccalauréat ne remplit plus ce rôle ! 

  • Plus que toute autre discipline peut-être, la gestion est confrontée aux rapides évolutions des connaissances et aux innovations de toutes sortes et doit donc sans cesse s’adapter posant le problème d’études de durée brève portant sur les connaissances fondamentales complétées par un fort rôle de la formation continue ou d’études longues, et de plus en plus longues, qui ne sont pas forcément favorables à l’employabilité de surdiplômés âgés.  

Question : Le développement de la formation en alternance est-elle, si elle est bien conduite, une piste à développer ?  

Question : Le 3-5-8 du processus de Bologne conçu pour et par les États-Unis puis l’Europe et d’autres pays développés et qui s‘est imposé par mimétisme partout ou presque était-il adapté à tous ? 

Question : Peut-on imaginer des formations à durée variable en fonction de l’aptitude des apprenants, 

Question : La formation continue peut-elle devenir une formation mieux intégrée à la formation initiale et non un ajout plus ou moins accidentelle ? 

  • Comme pour bien d’autres disciplines, mais de façon originale, la relation entre enseignement et recherche peut faire l’objet de nouveaux angles de vue dont celui de la pression concurrentielle inter-établissements aussi bien nationale qu’internationale.

Question : Faut-il obligatoirement que la recherche suive la période de l’enseignement et soit donc tardive dans la formation de la jeunesse ?  

Question : La recherche est-elle principalement orientée, à l’issue d’études très (trop) longues, vers la formation des enseignants via le doctorat ? 

Question : Comment revoir de fond en comble la hiérarchie enseignement recherche la seconde étant plus noble que la première ? 

Question : La recherche doit-elle avant tout être orientée vers la formation des futurs enseignants ? 

Question : La multiplicité des doctorats (doctorat de spécialité, de troisième cycle, de docteur ingénieur …) a été remplacée par le doctorat unique. Que peut-on proposer ? 

Question : Peut-on penser à développer la prise en compte de la valorisation des acquis de l’expérience (VAE) dans laquelle l’activité devient elle-même formation ? 

  • La collaboration entre le monde de l’emploi (public, privé, associatif) et celui de la formation ne peut-elle pas être améliorée ? La séquence études d’abord, emploi ensuite est-elle obligatoire ? Vraie dans le secteur privé cette question est encore plus vraie dans le secteur public. On retrouve sociologiquement cette dichotomie en observant le peu de considération entre le monde de l’enseignement et le reste du monde et de même entre l’enseignement et la recherche. Les recherches des sociologues sur ce sujet peuvent permettre une amélioration et éviter “une société dans la société (Niklas Luhmann). 

Question : Peut-on mieux prendre en compte dans la docimologie et dans l’enseignement l’acquis des stages et de l’alternance tout en développement le rôle de cette dernière ? 

Question : Peut-on estimer que l’heuristique est d’autant plus efficace qu’elle est enseignée à des jeunes cerveaux ? Faut-il donc généraliser l’enseignement de la recherche ; apprendre à chercher ? 

  • Enfin, lorsque l’atelier se tiendra en septembre prochain, le monde économique abordera sans doute une sortie de la pandémie. Ses conséquences sont encore imprécises, mais elles seront profondes et affecteront, sans nul doute, toutes les données macroéconomiques avec des rapidités différentes selon les économies ; la coopération entre les nations du Nord, du Sud de l’Est de l’Ouest en sera renforcée. Le dernier rapport de la CNUCED en 2020 propose trois tendances majeures du monde économique à la suite de la Covid 19, mais aussi en réponse à des bouleversements plus profonds. Ces tendances : la robotisation, la durabilité et la régionalisation des activités sont à la fois des tendances déjà étudiées par les sciences de gestion, mais aussi des enjeux en cours d’étude pour cette discipline. 

Question : Faut-il introduire dans tous les diplômes des formations qui aborderaient ces trois tendances ? 

Question : Faut-il doter les établissements d’un observatoire de la vie économique et sociale ? 

Question : Faut-il inciter les universités dites du Sud à se doter de « facultés » de gestion/management plus ou moins autonome en compétition avec les écoles de commerce ? 

  • Tous les domaines de la gestion et en particulier les ressources humaines entreront dans une « turbulence » qui affectera le fonctionnement de toutes les institutions. Les chances et les risques pour toutes les entreprises grandes et petites fragiliseront certaines et seront des opportunités qui génèreront des innovations de produits, de processus et organisationnelles pour d’autres. Plus que jamais une approche du genre analyse de système sera indispensable tel le SIDA Système Information Décision Action. L’atelier devra dégager les moyens permettant une observation fine et approfondie de la réalité, une prospective à la Gaston Berger, une adaptabilité des modes de gestion et une mobilisation des “parties prenantes”. Le mode de l’emploi connaîtra des bouleversements spectaculaires. 

Question : Les structures universitaires doivent-elles évoluer pour faire une plus large place à ces parties prenantes au-delà d’une simple participation souvent anecdotique à un conseil d’administration ? 

Question : La docimologie peut-elle comporter une partie informant le futur employeur ou candidat employeur, au-delà de l’acquisition certifiée de savoirs, de l’aptitude et de la compétence du diplômé ?